L’essoufflement, la toux et la sensation d’oppression dans la poitrine peuvent devenir plus marqués pendant la grossesse. Avec un plan de traitement adapté et un suivi médical régulier, l’asthme reste généralement bien contrôlé.
Beaucoup de femmes regardent leur inhalateur et se demandent si elles peuvent encore l’utiliser pendant leur grossesse.
Cette inquiétude est compréhensible et très fréquente. Des études montrent que jusqu’à 65 % des femmes enceintes souffrant d’asthme utilisent mal leur inhalateur ou arrêtent leur traitement pendant la grossesse.
Le message est pourtant clair : un asthme bien pris en charge est beaucoup plus sûr pour la mère et l’enfant qu’un asthme non traité. Parler rapidement avec son médecin permet de remplacer l’inquiétude par un véritable plan de prise en charge.
Pourquoi la respiration peut sembler différente pendant la grossesse ?
La grossesse transforme le corps de nombreuses façons. Le système respiratoire est lui aussi influencé.
Les hormones modifient les muqueuses, le volume sanguin augmente et, à partir du deuxième trimestre, l’utérus qui grandit pousse progressivement le diaphragme vers le haut.
Résultat : certaines femmes ressentent une nouvelle sensation d’essoufflement, par exemple lorsqu’elles montent rapidement des escaliers ou lorsqu’elles se penchent pour mettre leurs chaussures.
Pendant la grossesse, l’asthme peut évoluer de trois manières :
- il peut rester stable ;
- il peut s’améliorer ;
- il peut s’aggraver.
Il est impossible de prévoir précisément quelle évolution aura lieu. En revanche, certains signes doivent attirer l’attention :
- une respiration sifflante ;
- une toux nocturne qui perturbe le sommeil ;
- un recours plus fréquent à l’inhalateur de secours.
Ces symptômes peuvent indiquer que l’asthme n’est plus suffisamment contrôlé.
À l’inverse, une respiration légèrement plus rapide en fin de grossesse peut être totalement normale.
Quand le manque d’air devient un véritable risque
Un asthme mal contrôlé représente plus qu’une simple gêne. Lorsque les voies respiratoires restent constamment inflammées et que l’apport en oxygène est réduit, cela peut également affecter le bébé.
Selon une revue récente publiée dans la revue médicale CHEST (2025), un asthme sévère ou mal contrôlé pendant la grossesse est associé à un risque accru de :
- prééclampsie ;
- naissance prématurée ;
- retard de croissance du fœtus ;
- hypertension pendant la grossesse.
Qu’est-ce que la prééclampsie ?
La prééclampsie est une complication de la grossesse caractérisée par une augmentation importante de la pression artérielle pouvant s’accompagner d’une atteinte de certains organes. Sans prise en charge, elle peut devenir grave.
Ces risques peuvent sembler inquiétants, mais ils doivent surtout encourager à agir. Ils diminuent nettement lorsque l’asthme est correctement traité et suivi.
Quels traitements contre l’asthme restent recommandés pendant la grossesse ?
Selon les recommandations internationales actuelles, les corticoïdes inhalés constituent le traitement de référence pendant la grossesse. Parmi les plus utilisés figurent le budésonide, la béclométasone et la fluticasone.
Ces médicaments agissent principalement au niveau des bronches. Ils passent très peu dans la circulation sanguine et comptent parmi les traitements les mieux étudiés chez les femmes enceintes.
| Classe de médicaments | Rôle principal | À retenir |
|---|---|---|
| Corticoïdes inhalés | Traitement anti-inflammatoire de fond | Généralement compatibles avec la grossesse ; le budésonide est le mieux documenté. |
| Bronchodilatateurs de courte durée d’action | Soulagent rapidement une crise d’asthme | Un besoin fréquent d’utilisation doit conduire à consulter un médecin. |
| Bronchodilatateurs de longue durée d’action | Complètent le traitement en cas d’asthme plus sévère | À utiliser uniquement selon le plan thérapeutique prescrit. |
| Corticoïdes par voie orale | Réservés aux exacerbations sévères | Leur utilisation repose sur une évaluation individuelle du rapport bénéfice/risque. |
Un aspect souvent sous-estimé concerne la technique d’inhalation. L’efficacité du traitement dépend largement de la bonne coordination entre le déclenchement de l’inhalateur, l’inspiration et la courte pause respiratoire qui suit.
Demander à un professionnel de santé de vérifier votre technique peut améliorer considérablement l’efficacité de votre traitement.
Ce qu’il ne faut surtout pas modifier sans avis médical
Pendant la grossesse, il est naturel de vouloir limiter la prise de médicaments. Pourtant, avec l’asthme, arrêter ou modifier son traitement sans avis médical peut présenter des risques importants.
Une crise d’asthme sévère entraîne un manque d’oxygène, un stress important pour la mère et, dans les cas les plus graves, une diminution de l’apport en oxygène pour le bébé.
Les recommandations du Global Initiative for Asthma (GINA) sont claires : le traitement habituel de l’asthme doit être poursuivi pendant la grossesse, sauf indication contraire du médecin.
Avant toute modification de votre traitement :
- notez les médicaments que vous prenez ainsi que leurs doses ;
- observez l’évolution de vos symptômes ;
- prenez rapidement rendez-vous avec votre médecin ou votre pneumologue ;
- ne modifiez jamais les doses ou la fréquence de prise sans avis médical ;
- gardez toujours votre inhalateur de secours à portée de main, par exemple dans votre sac plutôt que dans votre voiture.
Disposer d’un plan d’action écrit précisant la conduite à tenir en cas d’aggravation des symptômes est loin d’être superflu.
Selon une étude publiée en 2024 par Javorac et ses collaborateurs, seulement 13 % des femmes enceintes asthmatiques disposent d’un tel plan, alors qu’il constitue un outil essentiel pour mieux gérer la maladie.
Mieux contrôler les facteurs déclenchants au quotidien
Le traitement médicamenteux est une partie essentielle de la prise en charge de l’asthme, mais il ne fait pas tout.
Identifier et limiter les facteurs déclenchants permet également de réduire le risque de crises.
Parmi les déclencheurs les plus fréquents figurent :
- les pollens ;
- les poils d’animaux ;
- la fumée de tabac ;
- l’air froid et humide ;
- le reflux gastro-œsophagien (brûlures d’estomac).
Identifier et éviter autant que possible les facteurs qui peuvent déclencher une crise fait partie de la gestion quotidienne de l’asthme.
Les brûlures d’estomac sont particulièrement fréquentes pendant la grossesse. Pourtant, leur lien avec l’asthme est souvent méconnu.
Deux mesures simples peuvent parfois apporter un réel soulagement :
- dormir avec le buste légèrement surélevé à l’aide d’un oreiller supplémentaire afin de limiter le reflux nocturne ;
- aérer brièvement le logement tôt le matin, avant que les concentrations de pollens ne deviennent importantes.
Les infections respiratoires méritent également une attention particulière.
Si vous remarquez :
- davantage de toux ;
- une respiration sifflante inhabituelle ;
- un recours plus fréquent à votre traitement de secours,
il est recommandé de consulter un professionnel de santé dans les jours qui suivent.
Bien préparer les dernières semaines de grossesse
Dans la grande majorité des cas, l’asthme ne nécessite pas de mode d’accouchement particulier. De nombreuses femmes peuvent accoucher par voie basse sans difficulté.
L’essentiel est que l’équipe médicale soit informée :
- de votre diagnostic d’asthme ;
- des traitements que vous prenez ;
- des doses prescrites.
Pensez à glisser votre inhalateur dans votre valise de maternité, avec une liste de vos médicaments et de leurs posologies.
Asthme et allaitement
De nombreux traitements contre l’asthme sont compatibles avec l’allaitement.
Les corticoïdes inhalés passent en très faible quantité dans l’organisme et sont considérés comme compatibles avec l’allaitement selon les données disponibles, notamment celles du service d’information MotherToBaby.
Si vous prenez des comprimés ou un traitement plus récent, demandez conseil à votre médecin ou à votre pharmacien avant la naissance afin de poursuivre votre traitement en toute sérénité.
Conclusion : un asthme bien contrôlé protège deux vies
Le principal danger pendant la grossesse ne vient généralement pas des médicaments, mais d’un arrêt ou d’une modification du traitement sans avis médical.
Lorsqu’ils sont prescrits et utilisés correctement, les corticoïdes inhalés constituent le traitement de référence pendant la grossesse.
Grâce à un suivi régulier, une bonne technique d’inhalation et un plan d’action clair en cas d’aggravation, la majorité des femmes enceintes asthmatiques peuvent garder leur maladie sous contrôle tout au long de leur grossesse.
Respirer librement pendant cette période est bien plus qu’une question de confort : c’est aussi une façon de protéger votre santé et celle de votre bébé.
FAQ
L’asthme est-il dangereux pendant la grossesse ?
Lorsqu’il est bien contrôlé, l’asthme est généralement compatible avec une grossesse normale. En revanche, un asthme mal contrôlé peut augmenter le risque de complications pour la mère et le bébé. Un suivi médical régulier et un traitement adapté permettent de réduire ces risques.
Quels médicaments contre l’asthme peuvent être utilisés pendant la grossesse ?
Les corticoïdes inhalés sont considérés comme le traitement de fond de référence pendant la grossesse. Le choix du médicament le plus adapté dépend toutefois de votre situation et doit toujours être déterminé avec votre médecin.
Dois-je arrêter mon inhalateur lorsque je suis enceinte ?
Non. N’arrêtez jamais votre traitement sans avis médical. Les recommandations internationales préconisent de poursuivre le traitement de l’asthme pendant la grossesse afin de maintenir un bon contrôle de la maladie.
L’asthme s’aggrave-t-il pendant la grossesse ?
L’évolution varie d’une femme à l’autre. Chez environ un tiers des femmes, les symptômes s’aggravent, chez un tiers ils restent stables et chez le dernier tiers ils s’améliorent. Des consultations régulières permettent d’adapter le traitement si nécessaire.
Puis-je allaiter si je souffre d’asthme ?
Oui. La plupart des traitements contre l’asthme, notamment les corticoïdes inhalés, sont compatibles avec l’allaitement. Si vous prenez un traitement spécifique, comme un médicament biologique ou des corticoïdes par voie orale, demandez conseil à votre médecin avant la naissance de votre enfant.
