Et si, dans 10 ou 20 ans, l’obésité était devenue beaucoup plus facile à prévenir et à traiter ? Les nouveaux médicaments contre l’obésité, notamment les traitements ciblant le GLP-1, ont changé notre façon de prendre en charge la maladie. Mais pourraient-ils aller jusqu’à faire disparaître l’obésité ? Les données scientifiques actuelles permettent déjà d’entrevoir quelques réponses.
L’obésité est-elle encore en augmentation dans le monde ?
L’obésité connaît une progression continue à l’échelle mondiale depuis plusieurs décennies. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), plus de 1 milliard de personnes vivent aujourd’hui avec une obésité. En 2022, 890 millions d’adultes étaient concernés, soit environ 16 % de la population adulte mondiale. La prévalence de l’obésité chez l’adulte a ainsi plus que doublé depuis 1990.
Le phénomène ne concerne plus uniquement les pays à revenus élevés. L’obésité progresse dans de nombreuses régions du monde, avec des évolutions particulièrement rapides dans plusieurs pays à revenus faibles et intermédiaires. Parallèlement, le surpoids et l’obésité touchent de plus en plus les enfants et les adolescents.
En 2022, environ 160 millions d’enfants et d’adolescents âgés de 5 à 19 ans vivaient avec une obésité dans le monde. Chez cette population, la prévalence mondiale est passée d’environ 2 % en 1990 à 8 % en 2022.
Combien de personnes pourraient vivre avec une obésité en 2050 ?
Une étude publiée dans The Lancet en 2025 estime que, si les tendances actuelles se poursuivent, 3,8 milliards d’adultes de 25 ans et plus pourraient être en situation de surpoids ou d’obésité en 2050. Parmi eux, environ 1,95 milliard pourraient vivre avec une obésité.
Il s’agit d’un scénario basé sur la poursuite des tendances observées, et non d’une prédiction certaine.
Les projections ne peuvent notamment pas anticiper les futurs progrès médicaux ou les changements dans les modes de vie.
Pourquoi l’obésité continue-t-elle d’augmenter malgré les conseils de prévention ?
Pendant longtemps, la lutte contre l’obésité a principalement reposé sur un principe simple : adopter une alimentation équilibrée et pratiquer davantage d’activité physique.
Ces recommandations restent importantes. Elles contribuent à la prévention et font partie intégrante de la prise en charge de l’obésité. Mais elles ne suffisent pas toujours à expliquer, ni à contrôler, l’évolution du poids sur le long terme.
L’obésité est aujourd’hui considérée comme une maladie chronique, complexe et récidivante. Elle résulte de l’interaction de nombreux facteurs, parmi lesquels la génétique, les hormones, le fonctionnement du cerveau, le métabolisme et les habitudes de vie. L’environnement et le contexte socio-économique peuvent également influencer son développement. L’OMS souligne ainsi que l’obésité ne peut pas être réduite à une simple question de volonté individuelle.
Quel rôle joue le cerveau dans la régulation du poids ?
Le cerveau joue un rôle central dans la régulation de la faim, de la satiété et des dépenses énergétiques.
Il reçoit en permanence des informations provenant notamment du système digestif, du tissu adipeux et du système hormonal. Ces signaux permettent d’adapter la sensation de faim, la satiété et les dépenses énergétiques en fonction des besoins de l’organisme.
Cette régulation est particulièrement complexe. Elle ne fonctionne pas comme un simple interrupteur « faim » ou « pas faim » : plusieurs hormones et neurotransmetteurs agissent sur différentes régions du cerveau pour influencer l’appétit, le comportement alimentaire et le métabolisme.
Lorsque le poids diminue, l’organisme peut mettre en place des mécanismes biologiques qui favorisent le retour de la faim et rendent le maintien de la perte de poids plus difficile.
Cette dimension biologique permet de mieux comprendre pourquoi l’obésité ne peut pas être réduite à une simple question de volonté.
Pourquoi l’environnement moderne favorise-t-il la prise de poids ?
La biologie ne suffit toutefois pas à expliquer l’évolution mondiale de l’obésité.
Au cours des dernières décennies, l’environnement dans lequel nous mangeons et vivons a profondément changé. Les aliments très énergétiques sont largement disponibles. Les portions peuvent être importantes et la nourriture est accessible à pratiquement toute heure.
Parallèlement, de nombreuses activités quotidiennes nécessitent moins d’effort physique. Le travail sédentaire, les déplacements motorisés et les écrans ont réduit les dépenses énergétiques quotidiennes.
Le sommeil, le stress et différents facteurs sociaux peuvent également influencer les comportements alimentaires et la régulation du poids.
Cette complexité explique pourquoi une stratégie mondiale contre l’obésité ne peut pas reposer sur une seule mesure.
Comment les médicaments GLP-1 ont-ils changé la prise en charge de l’obésité ?
L’arrivée des médicaments ciblant le GLP-1 a marqué un véritable tournant dans la prise en charge de l’obésité.
Le GLP-1 est une hormone naturellement produite par l’organisme. Il participe notamment à la régulation de la glycémie et de la satiété. Les médicaments qui reproduisent certains de ses effets permettent d’agir sur ces mécanismes biologiques et peuvent notamment réduire la prise alimentaire.
Les résultats obtenus dans les essais cliniques ont été particulièrement importants.
Dans l’étude STEP 1, le sémaglutide à 2,4 mg associé à des mesures liées au mode de vie a permis une perte de poids moyenne d’environ 14,9 % après 68 semaines, contre 2,4 % avec le placebo chez des adultes vivant avec un surpoids ou une obésité sans diabète.
Le tirzépatide a encore élargi cette approche. Il agit simultanément sur les récepteurs du GIP et du GLP-1. Dans l’étude SURMOUNT-1, la perte de poids moyenne atteignait environ 20,9 % après 72 semaines avec la dose la plus élevée étudiée, contre 3,1 % avec le placebo.
Ces résultats ont contribué à modifier profondément la perception médicale de l’obésité.
La maladie peut désormais être prise en charge avec des médicaments qui ciblent directement certains mécanismes biologiques impliqués dans le contrôle du poids.
Pourquoi les médicaments GLP-1 ne suffiront-ils probablement pas à résoudre l’épidémie mondiale ?
Les résultats obtenus chez les personnes traitées sont importants, mais leur efficacité individuelle ne signifie pas qu’ils pourront, à eux seuls, inverser l’évolution mondiale de l’obésité.
Le premier défi est l’échelle : plus d’un milliard de personnes vivent déjà avec une obésité. Traiter toutes celles qui pourraient bénéficier de ces médicaments représenterait un défi considérable pour les systèmes de santé.
L’accès aux traitements constitue un autre enjeu : coût, disponibilité, production, suivi médical et prise en charge sur le long terme.
Enfin, les médicaments n’agissent pas sur l’ensemble des facteurs qui favorisent l’obésité. Ils peuvent notamment réduire la faim et augmenter la satiété. Mais ils ne modifient ni l’environnement alimentaire, ni la sédentarité, ni les facteurs sociaux qui influencent le risque de prise de poids.
Les GLP-1 pourraient donc transformer la prise en charge individuelle de l’obésité, sans pour autant constituer à eux seuls une réponse à l’épidémie mondiale.
Que se passe-t-il lorsque l’on arrête un traitement contre l’obésité ?
Les données disponibles montrent qu’une partie importante du poids perdu peut être reprise après l’arrêt d’un traitement.
Dans l’extension de l’étude STEP 1, les participants ayant arrêté le sémaglutide ont repris en moyenne 11,6 points de pourcentage de leur poids initial au cours de l’année suivante, soit environ deux tiers du poids perdu.
Des résultats similaires ont été observés avec le tirzépatide dans SURMOUNT-4 : les participants ayant arrêté le traitement ont repris une partie importante du poids perdu, tandis que ceux qui l’ont poursuivi ont continué à perdre du poids.
Ces résultats montrent que l’obésité peut nécessiter une prise en charge à long terme et que l’arrêt d’un traitement doit être envisagé avec un professionnel de santé.
Que peut-on attendre des traitements contre l’obésité dans 10 ou 20 ans ?
Les traitements actuels ne sont probablement qu’une étape. La recherche explore déjà des molécules agissant sur plusieurs mécanismes. L’objectif : obtenir une perte de poids importante tout en préservant la masse musculaire et la tolérance au traitement.
Le tirzépatide, qui cible à la fois les récepteurs du GIP et du GLP-1, illustre déjà cette évolution. D’autres molécules expérimentales, comme le retatrutide, ciblent trois voies hormonales différentes.
Les futurs traitements pourraient également être plus faciles à utiliser, avec des formulations orales ou des administrations moins fréquentes.
Mais l’efficacité ne sera probablement pas le seul critère. La recherche devra aussi déterminer comment maintenir les résultats dans le temps, limiter les effets indésirables et préserver au mieux la masse musculaire.
La santé métabolique deviendra-t-elle plus importante que le poids ?

C’est déjà une évolution en cours.
Le chiffre affiché sur la balance ne résume pas à lui seul l’état de santé. La glycémie, la pression artérielle, le risque cardiovasculaire, la masse musculaire, la mobilité ou encore la qualité de vie sont également importants.
L’étude SELECT a notamment montré que le sémaglutide pouvait réduire de 20 % le risque relatif d’événements cardiovasculaires majeurs chez certaines personnes vivant avec un surpoids ou une obésité et présentant une maladie cardiovasculaire.
À l’avenir, le succès d’un traitement pourrait donc être évalué moins en kilos perdus qu’en amélioration durable de la santé.
Alors… l’obésité aura-t-elle disparu dans 20 ans ?
Il est peu probable que l’obésité ait disparu d’ici 2040 ou 2045. Les projections actuelles suggèrent que le nombre de personnes concernées pourrait continuer à augmenter si les tendances actuelles se poursuivent. Mais elles ne peuvent pas anticiper les progrès médicaux, les changements de prévention ou l’évolution des modes de vie.
Les progrès médicaux pourraient toutefois transformer profondément la prise en charge de l’obésité, avec des traitements plus personnalisés et davantage centrés sur la santé à long terme.
Le scénario le plus réaliste n’est donc probablement pas un monde sans obésité, mais un monde dans lequel elle serait mieux comprise, mieux traitée et associée à moins de complications.
FAQ
L’obésité sera-t-elle toujours un problème de santé majeur dans 20 ans ?
Même si les traitements progressent rapidement, l’obésité devrait rester un enjeu majeur de santé publique dans les prochaines décennies. Les projections actuelles montrent que sa prévalence pourrait continuer à augmenter, mais les progrès médicaux pourraient en réduire les complications.
Les traitements GLP-1 seront-ils encore utilisés dans 20 ans ?
Il est impossible de le savoir avec certitude. Les médicaments actuels pourraient être remplacés ou complétés par des traitements plus efficaces, agissant sur plusieurs mécanismes à la fois. L’objectif pourrait également évoluer vers une prise en charge plus personnalisée et à plus long terme.
Faudra-t-il toujours faire attention à son alimentation et à son activité physique ?
Probablement. Même si les traitements deviennent plus performants, l’alimentation, l’activité physique, le sommeil et l’environnement restent des facteurs importants pour la santé. Les futurs traitements ne devraient donc pas remplacer la prévention, mais plutôt s’y intégrer.
